L'Homo ducatistis, une très longue histoire

 
Beaucoup de choses ont été écrites concernant l'évolution de Ducati, et parfois dans une certaine confusion. Il était donc temps de publier les conclusions d'une étude extrêmement sérieuse qui a été menée sur le sujet par d'éminents scientifiques dont les compétences sont universellement reconnues. Voici donc ici en primeur le résultat de leurs travaux :

Il y a très très longtemps, à une époque où les créatures munies de deux roues venaient de faire leur apparition à la surface de la Planète bleue, les premiers «Homo Ducatistis» vivaient dans la paix et l’harmonie. Ils parcouraient par petits groupes les vastes étendues d'un monde encore sauvage, menés généralement par un grand mâle dominant monté sur un Twinodon de l'espèce «Coupleconicus». Les plus jeunes et les femelles suivaient docilement sur leurs Monosaures et la concorde régnait. La faible densité de la population permettait à ces hordes primitives d'opérer de longues transhumances car ils ne couraient pas encore le risque de rencontrer sur leur chemin les grands prédateurs voraces qui sont apparus par la suite, tels le «Radarus Ferox» ou le «Flicus Cretiniensis». Ils pratiquaient avec ferveur le culte du dieu Taglioni et leurs prêtres, les Dellortistes, veillaient strictement à l'orthodoxie de leurs mœurs. Il était par exemple exigé de la part de tous les membres de la communauté de procéder à la cérémonie de la sainte vidange tous les deux mille kilomètres et la célébration du réglage des soupapes ne pouvait s'opérer que les soirs de pleine demi-lune, selon un rite extrêmement strict. Malgré cela, le taux de mortalité des manetons de vilebrequin était relativement élevé dans cette société primitive où le sorcier, appelé Bouclardix, jouait un rôle social et économique très important. Mais chacun acceptait avec fatalisme ce que la nature lui imposait au cours d'une existence fertile en aléas divers.

Petit à petit cependant, sous l'influence de facteurs extérieurs (l’hypothèse la plus vraisemblable s’oriente vers une éruption des coûts de production due à un séisme financier), une mutation s'opéra au sein de l'espèce. En l’espace de quelques générations, le «Pantahistus» supplanta son ancêtre moins bien équipé pour survivre en ces temps difficiles. En effet, bien que de plus petite taille, le Courroicrantosaure qu'il était parvenu à apprivoiser lui permit de bien mieux résister à ses nouveaux ennemis : les Japanouillards. Ceux-ci, après avoir traversé les steppes de l'Asie, balayèrent tout sur leur passage. L'un des plus célèbres combats qui se déroula contre ces envahisseurs est connu sous le nom de la bataille des Desmopyles. Malheureusement, et en dépit de l'héroïque résistance d'une poignée de héros bolognais, le déferlement des hordes nippones ne put être endigué et nous en vivons encore les séquelles aujourd’hui…

Donc, bien que les deux espèces continuassent à coexister encore pendant de nombreuses années sur leurs anciens territoires, les «Coupleconicus» ne purent résister à leurs rivaux qui les délogèrent finalement de leur niche écologique commune. Néanmoins, il en subsiste toujours quelques rares spécimens et l'on peut parfois les observer à la tombée de la nuit, lorsqu'ils vont se désaltérer dans quelque bistrot retiré, ou bien à l’occasion de rassemblements qu'ils organisent sur certains circuits éloignés de la civilisation. Comme cette espèce est devenue stérile, elle est donc inexorablement vouée à la disparition, malgré des tentatives de clonage réalisées notamment en Angleterre par le Dr Baines. Il est cependant touchant de constater avec quelle ferveur les ultimes rescapés entretiennent les rites ancestraux et il s'agit à l'évidence d'une communauté que les Autorités devraient protéger avant que les derniers détenteurs d'un savoir très précieux ne se soient définitivement éteints. Il semblerait même que l'Unesco ait voté récemment leur classement au Patrimoine Mondial de l'Humanité Desmodromique.

Par ailleurs, au sein de la branche encore vivace de l’espèce, une accélération très nette de la différenciation entre individus s'est produite dans le courant de ces dernières décennies, pour des raisons qui échappent aux spécialistes de la théorie de l'évolution, Certains pensent que ce phénomène serait dû à l'influence de virus importés de contrées lointaines par des explorateurs imprudents. C'est ainsi que l'on a vu émerger au fil des années quatre sous-espèces que les Desmologistes de la Faculté de Borgo Panigale ont classées de la façon suivante: «Hypersporticus», «Supersporticus», «Mostroïstus» et «Stistus». Puis des mutations ont continué à se produire à un rythme accéléré. La première, résultant vraisemblablement de l'accouplement improbable d'un «Stistus» et d'une «Mostroïsta» (à moins que ce ne soit le contraire) a donné naissance au «Multistradistus». La deuxième aurait été le fruit des travaux de chercheurs fous s’évertuant, au fond de leurs laboratoires, à réactiver les gênes des Ancêtres originels, ce qui a produit plusieurs hybrides regroupés sous le nom de «Classicus». Plus récemment, des aberrations chromosomiques ont donné naissance à l’ « Hypermotardus » dont les caractères génétiques divergent nettement de ceux de leurs congénères. Enfin, alors que la pérennité des «Supersporticus» et des «Stistus» inquiète de plus en plus les spécialistes, ceux-ci s’attendent à l’arrivée prochaine d’un redoutable prédateur : le Desmosedicus !

Tous ces clivages morphologiques répondent manifestement à une spécialisation de l'espèce mais il s'y est aussi ajouté un important volet culturel qui a profondément bouleversé la communauté et a été à la base d'une forte poussée démographique. En effet, après l’émergence passagère de sectes castiglionistes et tamburinistes, l’ancienne croyance dominante taglioniste a petit à petit cédé du terrain face à de nouvelles divinités venues de l’autre côté de l’Atlantique. Le TPGisme s’est imposé alors comme dogme officiel et on a pu estimer que plus des trois quarts des fidèles s’étaient convertis à ce nouveau culte. Dans de grands temples tous semblables, construits à grands frais aux quatre coins de la planète, les Ducatistores, les adeptes ont pris l’habitude de se rassembler régulièrement pour faire des dons et des offrandes au Dieu Marketinge. Comme témoignage de leur ferveur, on les a vus se munir de signes de reconnaissance allant du fixe-chaussettes en carbone au suspensoir griffé Ducatiperformance, en passant par toutes sortes d’amulettes, d’ex-voto et de gris-gris généralement de couleur rouge. Malheureusement, de nombreux pratiquants ont été victimes de la bactérie Pompafricus proliférant en ces lieux et contre laquelle ils ne disposaient pas d'une immunité naturelle suffisante, ce qui a mis fin à quelques vocations pourtant réputées solides. Ceux qui ont le mieux résisté ont été les participants réguliers au pèlerinage du Wédéwé, où les fidèles sont par ailleurs tenus de se rendre au moins une fois dans leur existence s'ils veulent assurer la survie de leurs fragiles basculeurs.

Toute cette période a été placée sous l’autorité du Grand Maître Minolus 1er mais celui-ci a dû abdiquer récemment suite au retour au pouvoir d’une puissante caste italienne qui l’a évincé et a promu le Vénérable del Torchius à sa place. L’avenir dira si le nouvel Elu parviendra à assurer la survie de l’espèce mais les augures lui ont été d’emblée favorables puisque dès son intronisation, il a reçu en offrande les lauriers ramenés du lointain Japon par un jeune héros australien. Serait-ce un signe du destin pour l’avenir de l’ «Homo Ducatistis» qui après avoir surmonté tant d’épreuves se trouverait à la porte d’un nouvel Age d’Or ?

 

Auteur: Marc Poels - 2007